L'âne du jardinier

Le terreau, la ciboule et le lys me parfument.
Je suis comme un jardin, je porte des légumes.
Et si c'est un melon j'ai l'air d'un oriental,
qui a dessus son dos une outre de cristal.
Je salue en passant les choses matinales :
la rosée, les osiers, et les fleurs du Bengale,
les écoliers qui ont des pièges à moineaux,
l'ouvrier sans travail, l'aiguiseur de couteaux,
la laitière de roses aux jambes décidées,
le soldat-laboureur qui passe entre les blés.
Je comprends peu la terre à cause du mélange.
Je comprends mieux le ciel où il n'y a que des nuages.
Cependant c'est en vain qu'à chaque instant j'essaie
d'escalader l'air bleu, de mon sabot usé.
Chaque fois le sabot retombe, malhabile,
rivé au sol par des entraves invisibles...

Francis Jammes

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