Platero, le petit âne espagnol

Platero est petit, velu, doux, d'aspect si tendre que l'on dirait qu'il est tout en coton, qu'il n'a pas d'os. Seuls les miroirs de jais de ses yeux sont durs, pareils à deux scarabées de cristal noir.

Quand je le laisse en liberté, il va dans le pré, grâcieux, caresse en les frôlant à peine de son mufle les minuscules fleurs roses, bleu ciel ou jaunes.

Doucement, je l'appelle : "Platero". Il vient vers moi d'un léger trot joyeux que je crois entendre rire, accompagné de je ne sais quel chant idéal de grelots.

Il mange tout ce que je lui donne. Il aime les mandarines, le raisin muscat aux grains d'ambre, les figues violettes qui ont une fine goutte cristalline de miel.

Gentil et câlin, il est comme les enfants, filles et garçons, mais fort à l'intérieur, ferme, un caillou. Lorsque sur son dos je passe, le dimanche, par les dernières ruelles du village, les hommes des champs aux gestes lents et vêtus de linge propre, sont là qui le regardent :

"C'est de l'acier qu'il a, disent-ils".

Oui, de l'acier et en même temps de l'argent de lune.

 Juan Ramón Jiménez (traduit par Hervé Rougier)

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